Gloomy wings
Ma nostalgie fut chahutée à l’annonce de sa
disparition. Le réalisateur américain Tony Scott s’est donné la mort dimanche à
12h30 en se jetant depuis le pont Vincent Thomas Bridge à San Pedro. Une simple
lettre laissée dans sa voiture comme le plus sordide des scénarios. Portées par
un talent et une renommée incontestés, ses ailes élancées se sont aussitôt
assombries au cours de son dernier envol.
Couronné de nombreux succès comme Top Gun, True
romance, USS Alabama ou Ennemi d’état, il révéla et consacra de nombreux
talents.
En premier lieu Tom Cruise, tête brûlée moderne de
l’école navale, a fait chavirer nos cœurs aux commandes de son F14 Tomcat en
1986. Ce jeune surdoué a repris les commandes au volant de son bolide
vrombissant au circuit de Daytona dans « Jours de tonnerre » (1990) et ses
innombrables virages serrés à 360 degrés l’ont propulsé au rang de star
mondiale.
Nicole Kidman, sa partenaire du moment y a d’ailleurs
trouvé le succès et l’amour. Au gré de ses choix périlleux, Tony Scott savait
changer de style et nous étonner à chaque long métrage en modulant les genres,
risquant d’alterner le bon et plus récemment le moins bon, les gros succès au
box-office ou les rares échecs commerciaux. Spectateur assidu, je laisse
volontiers de côté la dernière partie de son œuvre où « Domino » et « Déjà vu »
s'avèrent particulièrement décevants. Malgré les maigres critiques que je
puisse compter sur mes dix doigts, il savait nous raconter une histoire et nous
plonger dans une atmosphère aussi tordue soit-elle. Ses héros avaient de la
gueule et envoyaient du bois.
Au cours de sa carrière bien remplie, sa conception du
cinéma quelque peu sophistiquée lui permettra de s’asseoir au rang des grands
réalisateurs de film d’action. Avec lui, pas de chichis mais du bruit. Ce n’est
pas anodin si Jerry Bruckheimer, papa du blockbuster à cent à l’heure,
deviendra son producteur attitré.
Par dessus tout, son œil visionnaire savait
reconnaître les jeunes pousses en devenir : Val Kilmer, Christian Slater, Will
Smith, Kelly Mc Gillis, Meg Ryan ou Patricia Arquette (entre autres) peuvent
lui dire merci.
C’est bien plus tard qu’il décida de choisir des
personnalités reconnues tels que Brad Pitt et Robert Redford dans « Spy
Game » (2001). Comme son nom l’indique, ce film d’espionnage ambitieux de par
son casting s’en est sorti correctement même s’il n’est pas inscrit au Panthéon
du genre.
Peu importe, il se rattrapera trois années plus tard
avec l’immense « Man on fire » avec le non moins génialissime Denzel Washington
qu’il fera tourner cinq fois au total. C’est dans ce film impérieux que la
jeune Dakota Fanning fit une entrée remarquée dans le tourbillon des gloires
naissantes.
Outre le plaisir des yeux, l’oreille conserve une
importance cruciale pour le frère cadet de Ridley Scott (Alien, Blade Runner,
Kingdom of heaven). Les bandes originales donnent une véritable ampleur
affective à ses films : Danger Zone, Take my breath away (Top gun) et I want
your sex (Le flic de Beverly Hills 2) jaillissent comme une braise rougeoyante
au fond d’une cheminée. Entre rock et glamour, ces thèmes ravivent nos mémoires
tressaillantes et nos désirs les plus enfouis. Pour l’anecdote, Tony Scott
avait réalisé le clip de la chanson « One more try » de George Michael. On y
retrouve une photographie monochromatique dans une ambiance tamisée. D’un point
de vue personnel, la maitrise de la lumière est identique à celle prodiguée
dans certaines scènes des films comme « Le Dernier samaritain » (1991) ou «
True romance » (1993) où Hans Zimmer avait apporté sa brillante collaboration
musicale.
Avant toute chose, n’oublions pas que son premier film
« Les prédateurs » (1983) semait le trouble dans le milieu de l’épouvante. Le
climat déroutant et limpide comme une saignée à la jugulaire lui prédisait un
avenir prometteur grâce à un savoir-faire dont lui seul avait le secret. Dans
une distribution audacieuse, Deneuve, Sarandon et Bowie formaient un trio
absolument divin. Une ambiance laminée en rouge si lointaine de notre
génération Twilight. Scott soignait ses vampires à sa méthode « couic « sans
nous laisser de marbre.
Fidèle à ses acteurs, à ses envies, à sa passion du
métier, ce réalisateur a rejoint le firmament du 3ème art où l’émotion garde sa
place si chère à mon cœur d’adolescent repenti mais toujours épris de sensation
forte dans un road movie démesuré, un duel aérien ou une bataille sous-marine.
Salut l’artiste !
Hervé Gaudin.
* le titre Gloomy wings (les ailes sombres) fait référence à la chanson Mighty
wings (les ailes du combat) figurant dans la BO du film Top Gun, son premier
grand succès au box office américain.

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